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Quelques fragments de vie perdus & la Ballade du RéprouvéVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
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Vanilumi
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Goultard

Nombre de messages : 566
Nom sur Dofus : Vanilumi, Luuzilva, Kephren, Nausicaa

Sujet: Quelques fragments de vie perdus & la Ballade du Réprouvé Sam 26 Mai - 22:16

/HRP\ Je ne savais pas trop où poster ça et on m'a aiguillée vers cette section alors je la réouvre. Je poste quelques petits Oneshots de mon cru qui concerne mes personnages. J'espère que vous apprécierez et que vous me botterez le train pour que je poste des récits plus consistants que j'ai l'art de ne jamais terminer Twisted Evil /HRP\


1/ Une âpre bataille ou A la découverte du Dofus Turquoise


Le Chêne Mou reprit vie sous leurs yeux ébahis. Ses racines profondes se soulevèrent de terre en projetant des gravats de terreau aux alentours et en délogeant l’Eniripsa aux ailes rouges qui y avait eu le malheur de s’y reposer. Ce dernier s’envola avant de se faire réduire en charpie et rejoignit le groupe d’aventuriers auquel il appartenait.

— Rappelez-moi quelle idiote s’est chargée de m’embarquer dans cette galère ? ronchonna-t-il en toisant une Sram vêtue de vert d’un sombre regard.

L’intéressée en question eut encore le courage de se montrer malicieuse.

— Oh, arrête ton char, Kephychou ! Admets que c’est excitant !
— Kephychou !? s’insurgea le lutin volant en battant furieusement des ailes.

Il n’eut malheureusement pas le loisir de lui dire le fond de sa pensée. Le Chêne Mou les balaya de ses branches noueuses et les envoya valdinguer contre un rocher au fin fond de la clairière.

— Bordel de merde ! pesta encore un peu l’Eniripsa en ayant l’impression que son dos s’était brisé en deux sous l’impact du choc.

Nausicaa n’était d’ailleurs pas en meilleur état. Son corps avait frappé le roc de plein fouet, s’était retourné dans sa chute et gisait là sur le ventre, inerte. Probablement évanouie sous le choc.

— Attention ! beugla une voix féminine au-devant d’eux.

Le Chêne Mou poussa un long râle de rage et abaissa à nouveau ses rameaux et ses branches pour faucher cet impertinent impoli venu troubler son sommeil séculaire. Il y eut un flou, un flash de lumière et devant les yeux de Kephren l’Eniripsa amoché, se tenait une Féca projetant avec énergie ses boucliers. Une goutte de sueur perla sur le front de Mejan tandis qu’elle retenait l’arbre géant.
Une explosion retentit alors près des racines du chêne immense. Un craqueleur gigantesque, véritable golem de pierre monté de toute pièce, s’était dressé contre l’ennemi. Sur sa tête se tenait maladroitement une invocatrice Osamodas entièrement vêtue en bleu ciel. Et malgré sa stature peu assurée, l’expression de son visage était déterminée. Et furibonde, aussi.

— Réduis-moi ce gros tas de bois en pièces, Gérard !

Une deuxième explosion teintée de rouge sombre laissa transparaître deux yeux inquiétants et un rugissement qui fit frémir les branches des arbres autour.

— Apo ! Crame-moi cette vieille branche !

Le dragon – car c’était bel et bien un dragon ! – fit feu. Le Chêne Mou poussa un long hurlement de douleur et se recula, portant ses branches à son tronc pour se protéger des flammes. Le craqueleur quant à lui écrasaient les racines et les arrachaient de la terre où elles puisaient force et énergie à leur ennemi.
Vanilumi l’Osamodas joignit ses mains dans un signe évident de prière, et ferma les yeux dans sa ferveur.

— Osamodas, je vous en prie. Accordez-nous la victoire, à mes compagnons et à moi. L’échec ne nous est pas permis. Nous devons triompher.

Une chatte noire anthropomorphe se glissa près de Kephren et lui tendit la main afin qu’il puisse se relever.

— Profitons-en pour mener une attaque de front, susurra-t-elle d’une voix de soie ronronnante.

Kephren rejeta sa main avec dédain.

— Peuh ! Je ne veux pas de ton aide ! Occupe-toi plutôt de cette crétine de lutine verte ! Sers au moins à quelque chose une fois dans ta vie ! répondit abruptement l’Eniripsa en se relevant péniblement.

Un échange tacite passa néanmoins entre les trois compagnons rassemblés. Mejan la disciple de Féca et Kephren le disciple d’Eniripsa se précipitèrent sur le géant auburn tandis que Luuzilva la disciple d’Ecaflip se dirigeait en courant vers Nausicaa pour la porter en lieu sûr.
La bataille fut rude. Très rude. Les cinq héros ne s’en sortirent pas indemnes. Mais au final, la récompense fut au rendez-vous : le Chêne Mou s’écroula, terrassé par leur courage, et bien caché entre deux ramures, nos héros découvrirent un œuf bleuté et luisant de mille feux.

— C’est un… ? souffla Kephren, médusé.
— Oui, répondit Vanilumi. C’est une récompense pour notre foi.

L’Eniripsa lui objecta un regard dégoûté.

— Toi et ta prétendue foi…

Vanilumi lui adressa un regard noir et faillit lui foutre une claque pour lui apprendre la vie à ce sale présomptueux. Mais elle se retint juste à temps. Cela ne ferait que lui faire ouvrir sa boîte à camembert
davantage, déjà qu’elle était énorme…

— Pensez ce que vous voulez, pour moi c’est un cadeau direct d’Osamodas ! s’entêta-t-elle toutefois.

Kephren roula de grands yeux blasés mais préféra ne pas s’enliser dans un énième commentaire démontrant que les dieux n’existaient pas et n’étaient que des moins que rien.

— Bon… Et maintenant ? lança Luuzilva.

La question brûlait effectivement les lèvres de tous les membres du groupe. Et maintenant ? Qu’allaient-ils bien faire de ce Dofus ? Le conserver à l’abri des regards ? S’en servir selon les aspirations de chacun ? Mais ça, les dieux seuls purent apporter une réponse à cette question épineuse. Et vous ? Quelle serait votre réponse ?

2/ Péché d'Avarice


A la taverne, Nausicaa et Kephren se regardaient en chien de faïence. Comme d'habitude quoi. Nausicaa tenait son verre de bière brâkmarienne avec assurance, tout en gratifiant le lutin rouge d'un sourire taquin, voire moqueur. Kephren la fixait avec méfiance, les sourcils froncés. Que lui réservait encore cette garce ?

— Dis, Kephychou.
— Arrête de m'appeler par ce sobriquet débile, stupide lutine verte ! Va droit au but ! répondit abruptement l'Eniripsa bougon d'un air de dédain évident.

Nausicaa dissimula un éclat de rire derrière sa main.

— Très bien, très bien ! Ne monte pas sur tes dragodindes !

Elle s'éclaircit la gorge et prit enfin un air des plus sérieux.

— J'ai une quête pour toi.

Une quête ? Ben tiens donc...

— Non ! tonna le disciple ailé d'une telle force que les murs de la taverne se mirent à trembler.
— Mais enfin, pourquoiiiii ?
— Parce qu'à chaque fois c'est pareil ! "Ce serait top génial de la mort qui tue !" Et qu'est-ce qu'on se ramasse au tournant ? Des tas d'emmerdes ! Démerde-toi sans moi, abrutie de femelle squelettique ! Non, mieux ! Va tirer ton coup avec l'autre sac d'os tiens ! Ca me fera des vacances.

La remarque sur sa romance avec Hériur la piqua au vif et le rouge lui monta même aux joues. Nausicaa faillit même lui jeter son godet à la tête, mais se retint à grand-peine, en témoignèrent ses doigts crispés sur sa chope et ses dents grinçantes.

— Admettons.

Elle se mit à réfléchir à toute vitesse, et trouva enfin la parade qui marchait à tous les coups :

— Mais c'est dommage. Il y avait une récompense phénoménale à la clé...

Les ailes de Kephren s'agitèrent nerveusement, marquant tout son intérêt ce qui avait trait à l'or et aux pierres précieuses. Son silence et son attention tout entière furent également un signe manifeste de son soudain intérêt.

— De l'or, de la pierraille, continua Nausicaa en masquant avec peine un soupçon d'amusement dans sa voix. Des trésors et des reliques anciennes à perte de vue ! A revendre à prix d'or !
— Ok, ok ! C'est bon ! C'est quoi cette fameuse quête ?

Nausicaa afficha un sourire victorieux à cette nouvelle. Cet Eniripsa était décidément incorrigible sur sa cupidité ! Kephren, en revanche, pressentait que accord allait encore lui causer bien des ennuis. Ses ailes s'agitèrent à nouveau, nerveusement pour appuyer le fond de sa pensée. Le pire, c'est qu'il avait raison !

3/ Rêve brisé


Kephren était assis sur un trône en or, l’air conquérant au sommet d’une montagne de kamas en or, de pierres précieuses diverses parmi lesquelles des saphirs, des diamants, des rubis et des émeraudes en quantités phénoménales. Pire ! Il pleuvait carrément des kamas ! Le bonheur intersidéral !
Il toisait avec dédain et supériorité les quatre femelles qui se tenait tout en bas de sa montagne de magnificence et le vénéraient, lui, le disciple d’Eniripsa qui avait eu le culot de tourner le dos à sa divinité. Il croisa les bras et un sourire satisfait et suffisant naquit sur ses lèvres.

— Gloire à toi, ô grand Kephren, lui souffla une voix mélodieuse et délicieusement servile à ses oreilles.

Cette stupide lutine verte se tenait à ses côtés et lui tendait une couronne en or sertie de pierres précieuses alléchantes. Il la lui prit des mains sans un regard et la posa sur sa tête. On venait de le sacrer roi, roi ! Roi de cette stupide contrée d’Amakna ! Allister aux égouts ! AH !
Que c’est bon d’être roi, se délecta l’Eniripsa rouge en s’affalant sur son trône. Nausicaa l’éventait à l’aide d’une large feuille de Palmifleur curaçao. La brise agréable lui chatouillait le nez, les joues, les oreilles et les ailes qui frémirent d’aise. Que c’est bon d’être roi !
En bas de sa montagne d’or digne du dieu Enutrof, la chatte sur pattes lui jouait un air de musique endiablée pour fêter son accession au trône et sa magnificence. Les deux autres femelles – celle à la queue fourchue et la bergère au bâton – se prosternaient devant lui avec de grands gestes ampoulés, déclamant des « Ô, gloire au grand Kephren ! Toi qui es et demeure si supérieur au commun des mortels ! Nous te vénérons, ô, puissant Kephren ! » si agréables à entendre.
Rien ne pouvait altérer cette journée mémorable. Rien. Tout était parfait. Absolument parfait. Et le resterait à jamais.

— Hey ! Kephynounet !

Comment la lutine verte avait osé le traiter, lui qui fut un maître si clément pour lui enseigner à coup de fouet à le vénérer si poliment ? Elle en redemandait, cette masochiste !? Elles l’étaient toutes, de toute façon…

— OH ! Brâkmar appelle Kephy ! Youhou !

Quelqu’un le secouait vigoureusement par le bras. Kephren ouvrit les yeux et bondit sur ses pieds, alarmé, en renversant sa chaise derrière lui. Il se stoppa aussi vite qu’il s’était levé, la vision floue, et cligna des yeux avant de se les frotter.

— Kékiya ?

Nausicaa le regardait, moqueuse.

— Ça y est ? T’es réveillé ? se moqua-t-elle gentiment. Il était temps !
— Ré-Réveillé ? Comment ça ?

Il avait du mal à émerger.

— Tu viens de rater tout le conseil de guerre là, lui reprocha la Sram de vert vêtue.
— J’ai… dormi ?

Il cligna à nouveau des yeux, remplis d’horreur ce coup-ci.

— J’ai…
— Euhm…

Nausicaa paraissait un peu gênée, limite désolée pour lui. Son rêve devait vraiment être agréable pour qu’il en sorte avec une telle tête d’ahuri !

— Ouaip. T’as dormi. Et comme un bébé, en plus. C’était mignon !
— Saleté de lutine verte, femelle stupide ! Pourquoi tu m’as pas réveillé, abrutie chronique !? grommela l’Eniripsa avec mauvaise humeur.

La Sram baissa des yeux gênés et rougit brièvement, trouvant un attrait tout particulier à jouer avec ses doigts en évitant son regard.

— T’étais si mignon, en vérité.
— DEGAGE, SUPPÔT DE JIVA !

Nausicaa détala sans demander son reste, en étouffant un rire. Kephren se retourna, dégoûté, sur sa chaise renversée. Une bête chaise de bois parmi toutes celles qui entouraient la table du conseil de guerre des Lames Funestes. Une bête table de bois.
Un rêve ? Juste un rêve ?
Dégoûté, l’Eniripsa ressentit une très forte envie de se frapper le crâne contre le mur de pierre près de la porte de sortie. Pourquoi m’a-t-elle réveillée, cette connasse de femelle stupide et inférieure !?

4/ La Ballade du Réprouvé


Il était une fois dans les contrées d’Amakna
Un Eniripsa retors et hors-la-loi
Qui son altruisme, sans vergogne, troqua
Contre une vie, plus palpitante, de mauvais aloi

Par l’or, les richesses, la gloire et l’argent
Par le Kama trébuchant, si alléchant
Se laissa envoûter, n’en eut jamais assez
M’en voici vous conter l’histoire du réprouvé

Rejeton d’une gueuse miséreuse
D’un vagabond nomade, amoureuse
S’est vu imposer le culte de la déesse guérisseuse
Devant l’injustice du monde, qui lui parut affreuse
Le rejeton renia bien vite la Miraculeuse

Sa tendre mère ne comprît bien sûr pas
De son fils aimé et chéri les choix
Qui osait déclamer sur tous les toits :
« Le monde n’a qu’un maître, il est à moi. »

De la maison il partit sans laisser de mot
Des arcanes interdites, il répandit les maux
Sous la protection de l’élément des eaux
Sans rougir, il devint l’égal de Vampyro

Par une belle nuit d’été un jour son père rencontra
Qui sa mère devant lui, tour à tour, piqua et moqua
A ces mots, de Kephren le sang se rebiffa
Et ce vieil Enutrof sénile, l’Eniripsa massacra
De son tas d’or d’aventurier il s’empara
Et, ni une ni deux, à Bonta le rapatria

Mais le monde des Douze lui réserva un destin anodin
A Brâkmar, par l’un de leurs magnifiques et sombres matins
Un messager porteur d’une sombre nouvelle lui parvint
Maladie préoccupante provenant du royaume voisin
Qui sur sa mère honnie et chérie avait abattu son venin

Le pied à l’étrier, les richesses en bandoulière
Il lança sa monture au grand galop dans la clairière
A travers la plaine de Cania et les landes de Sidimote en lisière
A travers champs, à travers les flots des rivières
Jusqu’à Bonta la pure, jusqu’à Bonta la belle cité mère
Dont en chantaient les louanges bien des ménestrels d’aujourd’hui et d’hier

Enfin parvenu à destination
L’attendaient Dames Horreur et Damnation
La maison de son enfance en proie à la contamination
Sa mère souffrant d’une maladie de sang, de congestion
Sur le point de mourir pour sa nation
Désespéré, Kephren apprit l’art magique de guérison et de cicatrisation
Le trépas d’un proche ayant sonné de son impiété la disparition

C’est avec une Ecaflip au félin minois qu’il lia amitié
Après qu’elle l’eut écouté sans rechigner
Il livra à elle son cœur sans impunité
Un cœur fêlé possède toujours l’espoir d’être réparé
Sans nul doute, elle devint vite son épousée

Va, va, Kephren, disciple d’Eniripsa
Poursuis ton chemin pavé d’épines
Tu as enfin retrouvé la foi
Profite de ton existence sublime

Il était une fois dans les contrées d’Amakna
Un Eniripsa retors et hors-la-loi
Qui son altruisme, sans vergogne, troqua
Contre une vie, plus palpitante, de mauvais aloi

Par l’or, les richesses, la gloire et l’argent
Par le Kama trébuchant, si alléchant
Se laissa envoûter, n’en eut jamais assez
Qui, une épreuve d’altruisme enfin, passa allègrement
Et trouva dans son âme et son cœur la paix tant cherchée et esquivée
J’en ai ainsi fini de vous conter l’histoire du réprouvé


5/ Faveur d'Osamodas


Vanilumi s’était aventurée loin du village, par-delà les plaines. Elle n’avait pas dit un mot depuis qu’elle était devenue disciple d’Osamodas. Cela ravissait sa mère qui en était une également, mais décevait son père qui avait espéré que sa fille le rejoigne. Il avait essayé de ne pas le montrer mais Vanilumi l’avait senti malgré tout.
Sa mère lui avait prodigué son entraînement et s’était montrée patiente. Vanilumi ne se montra guère douée au début, ne réussissant à invoquer que quelques plumes éparses de tofu sans que la bestiole ne daigne montrer le bout de son bec. La jeune Osamodas avait prétexté avoir besoin d’être un peu seule et s’en était allée.
A sa grande surprise, elle se retrouva devant le temple du dieu invocateur, orné de deux superbes dragons rouges à l’entrée. Vanilumi passa timidement la porte, l’effleurant du bout des doigts et se sentant indigne de porter le titre d’Osamodas. Elle n’était pas capable d’invoquer ne serait-ce qu’un minuscule et stupide tofu !
Elle baissa la tête, sa capuche bleu turquoise glissa sur ses mèches blondes et cachèrent ses yeux embués de larmes aux résidents du temple. Je suis nulle. Nulle ! Nulle !
Zeurg leva la tête en entendant un bruit de pas sur les dalles de pierre grise. Le chat ailé plissa ses yeux à fentes verticales, scrutant avec attention cette petite Osamodas à la tête baissée, à l’aspect plus que louche.

— Je… J’aimerais… prier, bredouilla faiblement la jeune fille.

Une larme s’écrasa sur le comptoir, faisant froncer le sourcil du chat gardien de ces lieux. Sa queue s’agita avec méfiance. Il jaugea à nouveau son interlocutrice et en vint à la conclusion qu’elle n’était pas dangereuse… à son grand dam.

— La porte à droite, suis le couloir puis première porte à gauche, maugréa-t-il avec mauvaise humeur.
— Merci.

Vanilumi suivit les indications du gardien et pénétra dans une vaste salle entièrement taillée dans la roche, baignée de lumière par un énorme trou pratiqué dans le toit de l’édifice. La lumière faisait étinceler une statue gigantesque placée au centre de la pièce, à l’effigie d’un grand dragon aussi rouge que ceux de l’entrée. Un dragon imposant, majestueux et terrifiant.
L’Osamodette s’approche de la statue avec précaution et apposa sa main sur son granit réchauffé par les rayons du soleil. Elle essuya ses larmes de sa main libre et redressa son bonnet, s’arrachant un bout de chair lorsque son doigt rencontra l’une de ses cornes.

— Aïe !

Elle porta le doigt à sa bouche et suça avidement la minuscule entaille d’où jaillissait un peu de sang. Elle joignit ensuite ses deux mains en signe de prière et pria à haute voix :

— Ô, seigneur Osamodas, créateur du monde des Douze, premier dieu de ce monde, dieu invocateur, je t’en prie, écoute mon ingrate requête…
— Ce n’est pas un peu exagéré tous ces titres ? l’interrompit une voix moqueuse et masculine.

Vanilumi hurla de frayeur et fit un bond sur le côté. La tête d’un Osamodas mâle à la longue chevelure ébène et aux yeux dorés l’observait depuis l’autre versant de la statue d’un œil et d’un sourire amusé.

— Mais… mais… MAIS VOUS M’AVEZ FAIT UNE PEUR BLEUE ! s’époumona la jeune fille encore sous le choc.

L’inconnu rejeta sa tête en arrière et partit d’un grand rire. Quelque chose s’enclencha à l’intérieur de Vanilumi, atteignant son cœur, son esprit, touchant à son âme. Le rire résonnait comme une myriade de clochettes, lui prodiguant joie et chaleur. Pourtant… ce n’était qu’un rire !
Il contourna la statue et la rejoignit. Le cœur de Vanilumi se mit à battre à cent à l’heure, ses jambes se dérobèrent sous elle et elle ne parvint à tenir bon que grâce à la statue qui lui offrit un merveilleux appui. Que se passait-il ? Pourquoi son cœur palpitait-il ainsi ? Était-ce l’amour ? Non. Même si les symptômes y ressemblaient, ça ne pouvait pas être le cas. Pas si tôt.
L’Osamodas, la dépassant d’une bonne tête, posa ses deux mains sur les épaules de la jeune fille. Leurs regards se croisèrent mais cet échange fut bref. Un flot d’énergie s’empara alors de la jeune fille, la faisant se recroqueviller sur elle-même ; ses jambes vacillèrent, tout tourbillonna autour d’elle, elle entrevit des éclairs blancs puis… Le contact du corps de la disciple avec le sol fut si rude qu’elle en perdit connaissance.

— Un petit coup de pouce pour l’avenir, ma petite, murmura doucement l’inconnu en lui caressant les cheveux du bout de sa queue fourchue.

A son réveil, Vanilumi était seule dans la pièce. Le soleil couchant nimbait la salle d’une lueur rougeoyante qui semblait animer la statue tant l’éclat de pierre luisait. L’Osamodas resta là longuement à observer la statue, lui trouvant un air décidément réel. La tête en bouille, elle se massa les tempes et sortit du temple, l’air hagard, impatiente d’aller retrouver les siens.
Lorsque ses leçons reprirent auprès de sa mère, la jeune fille se rendit compte que quelque chose avait changé. Entrant en transe afin de pouvoir invoquer efficacement, une boule de plumes bien vivante l’attendait au sortir de sa transe.

— Mais que… ? s’étonna-t-elle, elle qui n’arrivait jusqu’alors qu’à invoquer un maigre tas de plumes mal dégrossies.

Vanilumi cligna des yeux. Le tofu invoqué cligna des yeux. Un sourire fendit alors leurs visages simultanément.

— J’ai réussi ! J’AI REUSSI !

Elle prit le tofu dans ses bras et se mit à danser, au comble de la joie. Elle ne comprenait pas comment elle y était arrivée cette fois-ci mais peu importait : elle avait réussi !
Son tofu dans les bras, Vanilumi était retournée au temple d’Osamodas, les yeux brillants de reconnaissance. Elle ne savait pas exactement comment ni pourquoi mais son dieu l’avait exaucée avant même qu’elle n’ait eu le temps de formuler sa prière !
Elle dépassa Zeurg sans même lui adresser ne serait-ce qu’un regard et ne s’arrêta qu’une fois parvenue à la fameuse porte donnant accès au lieu de culte proprement dit. Lorsqu’elle ouvrit la porte, un spectacle étrange l’attendait : l’inconnu de la dernière fois était là, les yeux fermés et la tête levée vers le firmament. Il ne l’entendit pas, ne bougea pas le moindre muscle. Le cœur de Vanilumi se remit à palpiter et elle déglutit, soudain nerveuse. Le temps d’un battement de cil et l’inconnu auréolé de lumière avait disparu sans que la jeune Osamodas n’y comprenne rien. Elle le chercha pourtant dans toute la pièce mais ne retrouva jamais sa trace.
Indécise et étonnée, elle se retourna vers la statue qui brillait toujours du même feu rougeoyant. Vanilumi invoqua un deuxième tofu et l’offrit en sacrifice, en espérant que ce maigre cadeau ferait tout de même plaisir à la divinité suffisamment magnanime pour l’aider dans son malheur.

— Merci, seigneur Osamodas.

Levant brusquement les yeux vers la statue, elle aperçut le dragon qui… pleurait ! Des gouttes d’eau cristallines gouttaient petit à petit de ses yeux. L’image de l’Osamodas inconnu lui revint alors en mémoire. Et si c’était… ? Mais non, voyons ! Quelle idée !

6/ L'Eniripsa qui voulait être un Enutrof

/HRP\ Version de base pour la rencontre de Nausicaa et Kephren avec les Lames Funestes (guilde d'Hériur et leur ancienne guilde, entre autres). J'ai modifié ça par après mais ça donne déjà une idée du truc alors je le remets là /HRP\

J’ai toujours été chanceux. Et beau. Tellement beau que tout ce qui était de sexe femelle du monde des Douze ne cessait de me héler, la bave aux lèvres, les yeux en cœur, le cœur palpitant. Certaines se pâmaient devant moi dans l’espoir que je les ramasse. Mais jamais ô grand jamais, je ne me suis fait avoir.

— Ça va les chevilles ? Elles n’ont pas encore doublé de volume ? minauda une voix tortueuse à mes délicates et chastes oreilles.

Je me retournai vivement, toisant d’un œil noir la disciple de Sram toute de vert vêtue qui venait d’apparaître devant moi. Moqueuse, hautaine, dédaigneuse. Tout le portrait craché d’une véritable femelle.

— Oui ? C’est pour quoi ? J’espère que ce n’est pas encore une de tes combines foireuses, femelle squelettique !

L’odieuse Sram détacha une bourse pleine de kamas sonnants et trébuchants de sa ceinture et l’agita devant mon nez. Les pièces dorées tintèrent délicieusement à mes oreilles. Kamas… Kamas… ô dieu vénéré parmi tous les autres. Je tendis la main, avare que je suis, mais la bourse disparut, soudain hors de portée. Peste soit ma petite taille !

— Pas encore, Eniripsa véreux ! D’abord la mission, ensuite le paiement.
— Accordé… maugréai-je, réprimant un sourd grognement.

La mission en question ? Piller une guilde m’expliqua-t-elle. Une guilde qui avait amassé selon les dires un beau pactole. Une véritable aubaine pour une voleuse telle que cette femelle odieuse, mais aussi pour moi. Les temps étaient durs par ici… Il ne me restait plus qu’un minuscule million en poche. J’étais sur la paille ! Il fallait que je me refasse, et vite !
Bien évidemment, il faut toujours qu’il y ait un couac quand je pars en mission avec cette incapable de lutine verte ! Nous avions à peine amassé de quoi nous offrir quelques bières à la taverne d’Amakna (Note de Nausicaa : « 500.000 kamas tout de même ! De quoi se payer beaucoup plus que quelques verres, enfin ! »), pas grand-chose quoi, lorsque soudain… les ennuis frappèrent à ma porte.
Nausicaa, la femelle verte – je ne vous l’avais pas encore présentée, mea culpa, j’ai la mémoire qui défaille par moments – se retrouva emprisonnée par des liens bizarroïdes de couleur rouge sang. Ah non en fait, il s’agissait d’un sort d’attirance lancé par un Sacrieur. Tout compte fait, la chance me souriait toujours. Je la défis de son butin avec force protestations irraisonnées de sa part.

— Bon ben à la revoyure si tu survis, morveuse !

Seulement… la seule porte de sortie se retrouva barrée par une flèche portant une bombe à son empennage. Le temps que je comprenne ce qui allait arriver, une explosion se produisit, me projetant contre le mur d’en face et me faisant voir des étoiles.

— On dirait que la chasse a été bonne, lança une voix désagréable. C’est déjà le cinquième groupe de mercenaires qui ose s’attaquer à notre butin.

Je ne résistai pas suffisamment longtemps pour entendre la suite. Dans l’obscurité grandissante, je distinguai une ombre se mouvant près du Crâ qui m’avait fauché. Puis le noir complet.
A mon réveil, j’étais dans un cachot sombre, noir, humide et… sombre ! Je me levai avec horreur et entrepris de m’épousseter. Mes ailes battirent avec frénésie sous la panique et… mon sang se glaça d’effroi. Elles étaient… Oh mon dieu ! Elles étaient… SALES ! Et il n’y avait rien qui me permette de les nettoyer ! Mes ailes !

— Laissez-moi sortir ! Pitié ! Pitié ! Je ferai tout ce que vous voudrez ! Tout !
— Hé bien… Il ne nous a même pas fallu le torturer celui-là, plaisanta une deuxième voix désagréable.

Et là, j’entrevis mon pire cauchemar. Un deuxième Sram encore plus squelettique que la lutine verte ! Mais c’était une mode l’anorexie chez eux ? Horreur et damnation ! Celui-là n’avait que la peau sur les os au sens littéral du terme.

— Génial… Rien de pire pour achever ma journée qu’un deuxième sac d’os au compteur… lançai-je à la cantonnade.

Le Sram me prit par les cheveux. Je sentis ses phalanges osseuses me percer le crâne tant elles étaient pointues, froides et dures au toucher.

— Ecoute-moi bien le clown. Ici c’est moi qui commande. Et les petits voleurs dans ton genre, j’en mange dix au petit déjeuner.
— Chouette, je suis le onzième casse-croûte dans ce cas !

Sa main raffermit sa prise sur mon crâne ; je poussai un gémissement de douleur parfaitement audible.

— Si tu pouvais la fermer, ça nous aiderait beaucoup, piou vaniteux ! m’enguirlanda la lutine verte à l’autre bout du couloir.

Elle avait la voix brisée. Elle avait probablement dû passer sur la table d’opérations bien avant moi. Rien que de l’imaginer me mettait l’eau à la bouche. Mes ailes en frémirent de plaisir. Ce qui me rappela aussi leur piètre condition. Mon visage se renfrogna.

— D’accord, c’est vous le patron, patron…
— Haliaen ?
— Oui, Hériur ?

Le Sram ne relâcha pas son étreinte lorsqu’il tourna la tête en direction du Crâ qui m’avait assommé.

— Mets-moi ça au travail. A la moindre rébellion, renvoie-les chez leurs familles en pièces détachées.

Il me lâcha enfin et j’en profitai pour reprendre mon souffle. On ouvrit mon cachot et celui de la lutine verte et la suite fut tellement emplie de tâches ingrates que je préfère ne pas détailler ma déconvenue.
Par bonheur, je pus nettoyer mes ailes à la première occasion qui me fut donnée, et finis par m’habituer à ma nouvelle situation. Au fil du temps, je remarquai que la femelle Sram passait de plus en plus de temps avec son compagnon sac d’os. Y’avait anguille sous roche si vous voulez mon avis… Au final, nous devînmes des membres à part entière des Lames Funestes même si notre initiation ne fut pas des plus orthodoxes.
Mais bon, le plus important c’est que je pus redevenir le plus bel Eniripsa que la terre ait jamais porté. Toutes les femelles se pâmaient à nouveau devant ma beauté divine et même le Skeunk devenait jaloux de moi ! Et…

— Ça va les chevilles ? me lancèrent moqueusement Nausicaa et Haliaen de loin en me regardant m’extasier devant le miroir de la guilde.

Y’avait des choses qui ne changeaient jamais décidément…

– Mêlez-vous de vos affaires, pauvres manants ! leur répliquai-je, menaçant.

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La troupe de mes joyeux lurons : Nausicaa (alias la Lutine verte), Vanilumi (alias la Pieuse), Kephren (alias le Lutin grincheux), Luuzilva (alias la Musicienne aux pattes de velours) et Mejan (alias la Protectrice).

Et quelques autres : Mirella l'Explosive, Haril le Bricoleur, Loucyfair le Fêtard Démoniaque, Shangri-Ha aux Mille Visages, Tetsuga le Porte-Au-Loin, Batilka l'Horloge-Temps et Kinamara la Kitanu à queue en panache.

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Quelques fragments de vie perdus & la Ballade du RéprouvéVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
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